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Coup de tonnerre en Andalousie

Les élections au Parlement Andalou ouvrent le cycle électoral dans l’Etat espagnol.

Ce cycle est de 4 ans. Le 26 mai se tiendront les élections des municipalités, des parlements des autonomies (hors Catalogne, Pays Basque et Galice) et du parlement européen. L’élection est à un tour avec des listes par « provincias » (département chez nous) et une répartition des sièges à partir de 3 %.

Les élections au parlement andalou du 2 décembre ont été avancées en raison de la rupture de l’accord majoritaire PSOE – Ciudadanos, de la part de ce dernier. Les élections de 2015 avaient donné les résultats suivants : PSOE 35,4 % et 47 élu-es, PP 26,8 % et 33 élu-es, Podemos 14,8 % et 15 élu-es, IU 6,9 % et 5 élu-es, Ciudadanos 9,3 % et 9 élu-es. Le PSOE avait passé un accord de gouvernement avec Ciudadanos pour diriger l’Andalousie.

Suite à la crise catalane, Ciudadanos s’est beaucoup développé dans le reste de l’état espagnol. Il s’est alors radicalisé à droite et est entré en concurrence féroce avec le PP afin de savoir qui est le plus « espagnol » et le plus à droite. Son accord avec le PSOE n’avait plus de sens, il a donc rompu dans l’espoir d’écraser le PP.

Il est à noter que le PSOE dirigeait l’Andalousie sans discontinuer depuis la Transition (1982).

Mieux qu’un sondage, les élections andalouses donnent le ton des rapports de force électoraux quelques mois avant l’ensemble des élections.

Mieux qu’un sondage aussi, l’Andalousie est la plus grande autonomie de l’état espagnol avec 8 285 000 habitants pour un pays de 46 millions.

Les résultats : victoire de la Droite et de l’Extrême droite

Premier élément inattendu, une baisse significative de la participation avec pourtant une offre politique complète de tous les courants politiques. L’enjeu était clair et tous les leaders sont venus faire campagne.

Au vu des résultats, cette abstention est une abstention de gauche

Un des signes clairs de la crise de la Transition de 78 est la fin du bipartisme, ces élections en sont une nouvelle démonstration

Le PSOE arrive en tête avec 27, 9 %, baisse de 7,5 points et perd 14 député-es.

Le PP arrive second avec 20,7 %, baisse de 6 points et perd 7 député-es.

Ciudadanos arrive troisième avec 18,7 %, augmente de 9,7 points et gagne 12 député-es.

Adelante Andalucia arrive quatrième avec 16,18 %, baisse autour de 4 points et perd 3 député-es.

Vox arrive cinquième avec 10,9 %, non présent en 2015 et gagne 12 député-es.

Aucun institut de sondage n’avait prévu ce résultat, les indications donnaient le PSOE et Adelante Andalucia beaucoup plus haut et aucun ne donnait une telle percée de Vox.

A l’évidence, ce résultat est un tournant dans l’état espagnol.

Les points forts de ce résultat sont :

  • la chute du PSOE dans ce qui était son bastion depuis la transition de 78 ;

  • la percée de Vox avec 12 député-es !

  • la confirmation du développement de Ciudadanos et la baisse du PP ;

  • Adelante Andalucia aura à analyser pourquoi dans cette situation, elle n’a pas progressé. Son score à 16,18 % la situe à un niveau souvent donné pour Unidos Podemos, son correspondant au niveau de l’état.

Le PSOE

L’Andalousie étant le bastion de ce parti, cette défaite va peser lourd dans la situation politique actuelle. Sanchez va être sous la pression pour organiser des élections générales (législatives) rapidement. Le PSOE est au pouvoir suite à une motion de censure votée par les groupes de gauche et tous les partis nationalistes mais Sanchez n’a pas de majorité stable pour faire voter son budget.

Droite radicalisée et extrême droite

Ces partis ont très peu parlé d’Andalousie durant la campagne, ils l’ont fait sur des thèmes nationaux : l’unité de l’Espagne, la Catalogne, la dénonciation du « coup d’état » des indépendantistes catalans, la dénonciation du « coup d’état de Pedro Sanchez » qui est au gouvernement grâce aux indépendantistes… et sur des thèmes racistes : immigration.

Souvent, la presse a indiqué qu’il n’y avait pas de parti d’extrême droite dans l’état espagnol, ce qui est faux. Le PP était ce parti où la loyauté à l’histoire franquiste existe, où les familles franquistes se sont recyclées. Ce parti est aujourd’hui en déclin, concurrencé à la fois par Ciudadanos et par Vox. Le PP a longtemps incarné la droite post franquiste, il est bousculé par Ciudadanos jouant les Macron espagnols et par Vox, une extrême droite reprenant les thèmes classiques (immigration, islam, migrants…) et pas seulement une loyauté au passé national catholique du franquisme.

L’entrée au Parlement de Vox est un élément fort du bilan de cette élection. L’Andalousie est une terre d’immigration, l’agriculture industrielle de la fraise et des légumes a besoin d’une main d’œuvre importante. L’Andalousie, c’est aussi les plages sur lesquelles arrivent les migrants. Visiblement, Vox a réussi à jouer sur les peurs. Vox a des élu-es dans chaque département d’Andalousie, il ne s’agit pas seulement d’une crise particulière dans l’un d’eux mais bien d’une percée globale. Inquiétant !

Maintenant, quel gouvernement ?

Le grand jeu politicien a commencé.

Droite plus extrême droite ont 59 député-es pour une majorité à 55.

PSOE + Adelante Andalucia en ont 50 et ne peuvent atteindre la majorité.

Dans l’état espagnol, conséquence de l’élection à un tour, le parti arrivé en tête fait une proposition. S. Diaz du PSOE propose de rester au gouvernement et de trouver un cadre de travail avec PP et Ciudadanos. Cette proposition n’a aucune chance de succès.

Le PP, pour arriver au pouvoir, a besoin des voix de Ciudadanos et de Vox. Sans les 12 voix de Vox, le PP ne peut être au pouvoir. Il s’est donc adressé à Vox pour avoir les voix de ses députés.

Ciudadanos se propose lui aussi pour la Présidence. Ses arguments sont le fait qu’il est le seul parti qui a énormément progressé et cela lui donne la légitimité pour gouverner. Il accepte les voix de Vox mais déclare refuser toute négociation avec eux. Se présentant comme le vrai vainqueur de l’élection, il demande au PP et au PSOE de le soutenir pour gouverner au centre Dans le passé récent, S. Diaz et le PSOE ont passé un accord de gouvernement avec Ciudadanos en 2015, Pedro Sanchez suite aux Législatives de décembre avait aussi passé un accord de gouvernement avec ce parti (il ne verra pas le jour suite au vote contre, au Parlement, de Podemos et de IU). Ce serait énorme, mais nous verrons dans les jours qui viennent les déclarations des uns et des autres. En tout état de cause, il serait curieux de voir le PP s’effacer devant Ciudadanos. L’arithmétique des 59 député-es de droite et d’extrême droite donnant une présidence PP n’est pas à ce jour une réalité.

Teresa Rodriguez, au nom de Adelante Andalucia, appelle à retrouver l’esprit du 15M pour faire front à l’extrême droite. Nous pouvons comprendre la déception des militant-es de Podemos et de Izquierda Unida vu la dynamique de leur campagne et le succès des meetings.

Francis Viguié. Lundi 3 décembre 2018.