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Sur le sentier de la guerre… sainte

Ça y est, c’est reparti ! Contre le projet gouvernemental d’ouverture aux couples de femmes et aux célibataires de la Procréation médicalement assistée (PMA), l’Église catholique appelle à la mobilisation de rue, toutes affaires cessantes.

Comme à son habitude, l’appareil ecclésiastique déploie son offensive avec un maximum d’hypocrisie. Ainsi le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort (1), déclare : « Personnellement, je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi, de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre ». Avant d’en remettre une couche, pour être sûr d’avoir été bien compris : « J’aurais tendance même à dire qu’ils ont le devoir de le faire ». Mais, comme on n’est jamais trop prudent, il n’oublie pas de préciser que « Nous, l’Église, n’organisons pas la manifestation. Ce n’est pas notre manière d’agir ». Ben voyons !

L’Église catholique a en effet un lourd bilan en matière d’impulsion et d’organisation de manifestations de rue réactionnaires et obscurantistes. Pour se limiter aux dernières décennies, on ne peut oublier le rôle de l’Église dans les campagnes contre Simone Veil lors des débats sur la légalisation de l’IVG au milieu des années 70, ni son rôle déterminant dans les manifestations anti-laïques du début des années 80 afin de maintenir sans contrepartie le racket des fonds publics au profit des écoles confessionnelles. Et, bien sûr son opposition au PACS. Sans oublier – c’était il y a à peine six ans – son soutien et sa participation active aux différentes manifestations de haine homophobe dans le cadre de la Manif pour Tous.

Concernant plus spécifiquement la PMA, il n’est sans doute pas inutile de rappeler ici la position de fond de l’Église catholique, car elle pourrait avoir échappé aux visiteurs et aux visiteuses de ce site. Celui du journal La Croix – qui est loin de représenter les secteurs les plus arriérés – est tout à fait explicite (2) : « Concrètement, l’Église catholique interdit l’insémination artificielle même intraconjugale et toutes les formes de fécondations in vitro (FIV) même homologues, c’est-à-dire sans tiers donneur, d’une part à cause des atteintes à l’embryon lors du diagnostic préimplantatoire et de la destruction des embryons non implantés et, d’autre part, à cause de la dissociation entre l’acte conjugal et la fécondation, celle-ci devant être le ‘fruit de la donation sexuelle des époux’ ».

Naturellement, comme n’importe quel groupement, parti ou secte, politique, philosophique ou religieuse, l’Eglise a bien le droit de donner son point de vue sur les différents sujets d’actualité et de tenter de faire pression sur le législateur. Encore faut-il souligner que lorsque l’Eglise s’exprime sur les « sujets de société », c’est toujours de manière hostile aux libertés individuelles et surtout à l’encontre des droits des femmes. Il faut ici lever une ambiguïté : contrairement à certaines conceptions déformées de la laïcité, celle-ci concerne les pouvoirs publics et les institutions étatiques et non la société civile. Elle n’interdit donc nullement l’affichage des convictions religieuses dans l’espace public. Surtout s’agissant des Églises (3) … dont c’est un peu le cœur de métier ! Cela relève de la liberté de conscience que, précisément, la laïcité reconnaît.

Par contre, cette même liberté de conscience et d’expression suppose que l’on puisse dénoncer sans censure ni autocensure le caractère profondément réactionnaire des prises de position politiques qui se veulent inspirées par la religion (4). Et, pour reprendre les propos signalés au début de l’article, pour celles et ceux qui luttent pour l’émancipation, dire tout le mal qu’ils et qu’elles pensent des positions de l’Église est… quasiment un « devoir » ! Car, encore une fois, comme à l’époque de l’IVG, du PACS ou du « mariage pour tous », la Conférence des Évêques et ceux qui la suivent ne luttent pas contre une obligation s’imposant aux croyants : ils s’opposent à l’ouverture d’un droit nouveau pour celles qui souhaitent y avoir recours et qui, par définition, n’enlève rien à celles qui ne souhaitent pas y avoir recours. Nos droits et nos libertés se sont construites sur leurs reculs !

Surtout, il est important de revenir sur la justification profonde de ces positions réactionnaires, même lorsqu’elles se parent de la lutte contre le risque de marchandisation de la procréation. Pour s‘en faire une idée précise, il n’est pas inutile de se référer à une déclaration de Monseigneur Barbarin lors du débat sur « le mariage pour tous » (5) : « Pour nous, la première page de la Bible qui dit que le mariage unit un homme à une femme a un peu plus de force et de vérité que les décisions circonstancielles d’un Parlement ».

La question posée ici sans fard est au fond toujours la même, celle de savoir d’où vient la légitimité d’une décision : de la délibération démocratique ou de sa conformité à une Vérité révélée ?

François Coustal

Notes

  1. Ce n’est certes pas sa faute, mais voilà un patronyme qui fleure bon l’Ancien régime…

  2. https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/PMA-GPA-dit-lEglise-catholique-2017-06-25-1200857862

  3. Cet article s’attache plus particulièrement aux prises de positions de l’Église catholique, à la fois parce qu’elle est « en pointe » sur le sujet et parce c’est la religion dominante en France. Mais on attend avec intérêt (et sans trop d’illusions) la position des autres grandes religions…

  4. On évoque ici la religion telle qu’elle est édictée par les instances religieuses. Naturellement, on n’oublie pas l’engagement de chrétiens – et même de prêtres – dans les combats anticolonialistes (notamment lors de la guerre d’Algérie) ou encore “l’option préférentielle en faveur des pauvres” en Amérique Latine. Mais on n’oublie pas non plus que tous ces engagements sont restés minoritaires et qu’ils ont été férocement combattus voire condamnés par les autorités ecclésiastiques.

  5. Lors de ce « débat », le cardinal Barbarin fut l’un des hiérarques catholiques parmi les plus virulents dans la dénonciation du projet de loi, notamment dans les médias. Cette « autorité morale » a par la suite, comme on le sait, défrayé la chronique (notamment judiciaire) pour non-dénonciation d’abus sexuels pédophiles…