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Waterloo morne plaine

« Soudain, joyeux, il dit “Grouchy” (La France Insoumise) !

C’était Blücher (EELV)!

L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. »

LFI a subi lors de ces élections une triple défaite : son propre score, le maintien au même niveau d’un PS qui devait disparaître et bien sûr la montée d’EELV. Il faudrait de longs développements pour montrer à quel point cette formation ne joue pas dans la société française le rôle qu’elle prétend, mais ce n’est pas le sujet du moment. Les questions essentielles portent sur l’échec de LFI et les moyens éventuels d’y remédier.

1/ Les causes exogènes.

Les européennes ne sont pas un scrutin favorable pour notre famille et au contraire le terrain favori d’EELV (on se souvient du score Cohn-Bendit en 2009). La forte abstention populaire, le rejet de l’actuelle construction européenne, le vote plus important des catégories sociales les plus diplômées et aisées pèsent sur les résultats. Après les mobilisations des GJ, le « référendum anti-macron » que nous avons au départ popularisé mais qui ensuite c’est imposé à travers l’orchestration de l’affrontement Macron/Le Pen, à sans doute suscité un vote utile néfaste à la candidature de Manon Aubry.

En outre, depuis la présidentielle la FI est devenue la force à abattre pour la plupart des médias d’où des campagnes de dénigrement à répétition culminant bien sur avec la manipulation des perquisitions ou nous fûmes traités comme de vulgaires délinquants à la grande joie des commentateurs.

Mais cette situation n’est évidement pas, loin de là, le principal facteur de la défaite. Il faut aussi tenter de faire le point sur les erreurs commises.

2/ Les causes endogènes.

Le résultat des européennes n’intervient pas comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il a été précédé de l’échec des mobilisations organisées après la présidentielle et surtout les résultats des législatives partielles. Pour comprendre, il faut revenir à 2017. L’équipe dirigeant de LFI trop sur d’elle même se trompe sur deux questions : La première concerne l’électorat de JLM dont une bonne part est constitué d’anciens électeurs de gauche « modérés » ayant voté utile dans les derniers jours. Le seconde est plus ancienne et relève d’une vision erronée de la société et des rapports de force entre les classes. Pour ces mêmes animateurs, tout se passe comme si la France était au bord de la révolution et connaissait une crise majeure justifiant une « guerre de mouvement » débouchant sur le départ de Macron. Aucune réflexion stratégique n’est lancée sur les moyens de maintenir dans un même ensemble électorat modéré et électorat « anti système ». . A la place l’illusion d’un dialogue direct entre LFI et « le peuple » où les corps intermédiaires n’auraient que peu de place et où l’organisation remplacerait peu ou prou les syndicats, les associations de locataires ou le secours populaire. La politique se voyait remplacée par la « méthode Alinsky ».

Petit à petit LFI a subi une image de radicalité, d’extrémisme, voire de violence d’ailleurs plus verbale que réelle, le tout culminant avec l’épisode catastrophique des perquisitions dont il est difficile toutefois de mesurer l’impact exact. Au final LFI s’est laissée « cornériser » à l’extrême gauche avec les scores correspondants.

Aujourd’hui, les uns mettent en cause l’échec de la stratégie « populiste » , les autres l’abandon du souverainisme au profit du rassemblement de la gauche.

En réalité LFI n’a adopté vraiment ni l’une, ni l’autre des ces orientations. Le populisme aurait supposé une rupture beaucoup plus franche avec la culture de gauche par exemple sur l’immigration et aussi une plus grande capacité à dire au peuple ce qu’il voulait entendre, sans compter un leader charismatique moins marqué par un long parcours institutionnel. Quand au rassemblement de la gauche, pour être cohérent, il ne pouvait se limiter à la seule intégration du groupe Maurel/Lienemann et une proposition trop tardive de Fédération Populaire.

Bref, l’absence de choix clairs, les zigzags successifs, jamais décidés collectivement, ont abouti à un positionnement finalement assez confus.

Dans ce paysage l’absence de démocratie interne n’a joué qu’un rôle indirect en empêchant la libre discussion sur les orientations. Soyons réalistes, les départs fortement médiatisés de quelques « personnalités » n’ont pas grand chose à voir avec l’absence de pluralisme mais beaucoup avec la déception d’une mauvaise place sur la liste européenne !

Plusieurs interventions évoquent d’autres aspects. Il s’agirait d’en finir avec « le ressentiment, la haine ou le clash permanent », de revenir à un « discours de gauche « , de rompre avec le « eux et nous » en mettant en avant « l’espérance et l’imaginaire social ». Cette vision relativement juste a toutefois l’inconvénient de se situer plus sur le terrain moral ou idéologique que dans l’analyse concrète. Je doute que l’électorat nous reproche un positionnement anti-oligarchique mais plutôt pour les uns d’être un parti comme les autres et pour les autres une force violente et extrémiste. Quand à l’espoir et l’imaginaire si quelqu’un a une recette, prière de la communiquer.

J’observe aussi que le retour aux valeurs de gauche traditionnelle portées par le PC et le PS n’ont pas n’ont plus connus un franc succès !

3/ Et maintenant

Laissons-nous d’abord le temps de réfléchir dans un cadre collectif pour tenter de trouver des remèdes plutôt que de se répandre sur le thème « on vous l’avait bien dit ». Si les multiples appels peuvent avoir leur intérêt , la répétition de formules usées du style « ouvrons les portes et fenêtres », « refondons la gauche », « Big Bang » etc. ne nous aide pas beaucoup. Les propositions de rassemblement doivent s’incarner dans des cadres organisationnels précis.

L’enjeu le plus immédiat consiste à ne pas se laisser marginaliser dans une espèce de NPA-Bis faute de partenaires.

Pour les prochains mois, il me semble que nous devons défendre dans la FI deux urgences :

  • L’écologie d’abord. Au delà du succès d’EELV qui n’est en rien définitif, il n’est plus possible de considérer l’écologie comme un élément de programme et non d’identité. Nous devons lutter contre l’hégémonie d’EELV en faisant apparaître clairement un pôle d’écologie de transformation et non d’accompagnement du libéralisme. D’où la nécessité d’introduire l’écologie dans le titre d’une forme de rassemblement. Ce qui nous amène au deuxième point.
  • Il faut changer l’image de la FI en la rendant plus ouverte, démocratique, rassembleuse en un mot plus sympathique… Concrètement, l’urgence est de s’adresser à la fois aux organisations de la gauche de transformation ( PC, Générations, quelques petits groupes écolos disponibles) et aux militant.es syndicaux, associatifs, intellectuels etc. qui peuvent être intéressés pour travailler à la constitution d’une « Fédération écologique et populaire ». Rien ne dit qu’une telle perspective pourra se concrétiser avec la totalité des secteurs en question mais dans la situation actuelle même des avancées partielles sont bonnes à prendre.

Jean Pierre Lemaire