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Crise de gouvernement : signe de dégradation de la classe politique italienne.

Après plusieurs semaines de tergiversations, d’affrontements et de coups fourrés, comme à l’accoutumée quant il s’agit des mœurs de la classe politique italienne, le premier Ministre Giuseppe Conte (Mouvement 5 Etoiles) a présenté le 27 janvier la démission du gouvernement. C’est le dénouement d’une crise politique qui a vu l’affaiblissement et la division de la fragile majorité parlementaire au pouvoir depuis l’été 2019. En effet, cette majorité, composée du M5S, du Parti Démocrate, d’Italia Viva (mouvement de Matteo Renzi, scission de droite du PD) et de Liberi e Uguali (petite scission de gauche du PD) était arrivé aux affaires à l’occasion de la précédente crise, provoquée par la démission du leader de la Ligue d’extrême droite Matteo Salvini. Cette majorité n’était pas issue de nouvelles élections, mais résultait du renversement d’alliance du M5S, Conte demeurant l’inamovible Premier Ministre.

Le gouvernement a dû, tant bien que mal, faire face à la terrible première vague de Covid, avec un système de santé délabré par des années d’austérité et de politiques néo-libérales. L’économie italienne a été au moins aussi brutalement ébranlée que celle des autres pays européens, le système scolaire dans l’incapacité de faire face aux fermetures et à la mise en place des enseignements à distance. Le plan de relance italien (Recovery Plan) a été conçu en faisant largement appel aux fonds européens, soumis à des conditions de poursuite des « réformes » néo-libérales, sans que cela ne fasse à aucun moment débat politique.

Pendant toute l’année 2020, le mouvement social italien n’a jamais cessé de dénoncer les effets de ces politiques, les licenciements, les pénuries dans le secteur de la santé, les inégalités croissantes entre Nord et Sud. Comme en France, les mesures de restriction des libertés publiques se sont traduites par une importante répression policière et judiciaire de toutes les formes de lutte et de contestation qui sortaient un tant soit peu du strict cadre toléré. Mais de nouvelles formes de solidarité, organisées notamment autour des « Maisons du Peuple » de Potere al Popolo, se sont développées, épiceries coopératives, aide aux devoirs et accueil des enfants les plus défavorisés, permanences juridiques, par exemple.

Cette dernière crise « de palais » est donc un spectacle particulièrement scandaleux, dans cette situation sanitaire et économique si difficile. Elle est l’illustration d’intérêts de boutiques, provoquée par le retrait du petit parti de Matteo Renzi de la coalition gouvernementale, pour des questions de répartition de postes et de responsabilités. Au moment où tous les sondages prédisent une victoire de la droite dans d’hypothétiques élections anticipées, chaque force essaie de tirer son épingle du jeu en proposant d’époustouflantes combinaisons politiques, avec ou sans Giuseppe Conte, dont l’usure est flagrante, avec ou sans la débauche de parlementaires de Forza Italia (le parti de Berlusconi), le tout dans une atmosphère où la gravité des enjeux sociaux est masquée par le ridicule et le caractère éhonté des tractations et autres trahisons.

Nous publions ici le communiqué de Potere al Popolo, publié le 15 janvier, au tout début de la crise.

Mathieu Dargel

En ces mois de terrible crise pandémique et de crise économique et sociale croissante, toutes les décisions d’importance ont été prises à l’unanimité par la majorité au pouvoir. Et même, elles ont souvent aussi recueilli l’approbation de la droite parlementaire et de celle qui dirige directement 15 régions italiennes.

Presque à l’unanimité, le Parlement a refusé de taxer les riches, de réduire les dépenses militaires, de reconstruire la santé publique en remettant en cause sa privatisation, et de multiplier les ressources nécessaires à l’école. Presque à l’unanimité, les forces politiques ont accepté de gérer la pandémie en faisant passer les intérêts du système économique et des entreprises au premier plan. Personne ne remet en question les conditions et les règles d’octroi de l’aide européenne, mais tout le monde est prêt à s’affronter sur la gestion de la marée des milliards.

Il y aurait eu tant de questions sur lesquelles une confrontation politique aurait été justifiée et compréhensible. Au lieu de cela, la crise gouvernementale explose en raison d’un choc des rôles et des intérêts particuliers au pouvoir, en raison de divergences sur la répartition des ressources toujours et uniquement au sein des classes dirigeantes. Il C’est ce qui se cache derrière la rhétorique sur les intérêts du pays.

Pendant ce temps, certains dirigeants communiquent sur la crainte d’un retour aux urnes, d’autres réclament un gouvernement d’unité nationale, d’autres, enfin, qui appellent à voter, le tout dans un petit théâtre insupportable.

Notre pays a dû affronter la pire crise depuis la guerre avec la classe politique la pire. La “solution” qu’ils sont sur le point de trouver pour cette crise – ils la trouveront, car il s’agira de s’asseoir réellement à la table et de partager des fonds, des ressources, des opportunités de profit pour les lobbies qu’ils représentent, et aucun d’eux ne veut y renoncer – ne donnera aucun avantage concret aux classes populaires.

Potere al Popolo n’est pas représenté dans les institutions aujourd’hui, mais face à ce spectacle honteux, nous sommes encore plus convaincu que ce système politique est en faillite et que son changement radical est nécessaire. Pour que ces besoins sociaux et populaires radicaux, qu’aucun des partis du Parlement d’aujourd’hui n’écoute, soient enfin reconnus et représentés.