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Pour un programme de transition vers l’écosocialisme. Contribution du courant Ensemble-Insoumis à l’actualisation de l’Avenir en commun.

Introduction.

L’invitation à contribuer à l’actualisation de l’Avenir en commun nous parle. A ce moment de notre histoire où effondrement et basculement vers la pire des barbaries ne sauraient être exclus elle répond à une attente et une nécessité auxquelles celles et eux qui n’ont pas renoncé à changer le monde et à changer la vie ne sauraient se dérober. Le développement à une large échelle de par le monde de gouvernements nationalistes, autoritaires et racistes doit nous alerter comme le recours toujours plus manifeste à la répression et à la violence faites aux sociétés. Elles procèdent du choix de guerres sociales menées par l’oligarchie néolibérale contre tout mouvement de citoyens résistant à sa domination. Ces guerres sont aujourd’hui devenues des guerres totales  : sociales parce qu’elles visent à affaiblir voire réduire à néant les droits sociaux des populations, écologiques tant la nature est devenue un champ de batailles, ethniques en cherchant à exclure les étrangers de toute forme de citoyenneté et à restreindre toujours plus le droit d’asile, politiques et juridiques en ce qu’elles ont recours aux moyens de la loi pour réprimer et criminaliser toute contestation, culturelles et morales par leurs attaques aux droits individuels au nom de la défense la plus conservatrice de l’ordre moral. C’est donc à juste titre qu’une haute ambition doit être affirmée : celle de proposer « un nouveau repère dans la civilisation humaine de notre temps ».

Investi.es au sein de la FI, avec notre histoire, notre culture, anticapitaliste, éco socialiste et autogestionnaire et la conviction que la puissance d’un mouvement auto-organisé est décisive pour changer la donne, nous avons à cœur d’apporter notre contribution. Ainsi qu’il l’est souligné, l’AEC « ne peut être le résultat d’une addition de refus et de votes négatifs ». « Nous sommes pour est notre boussole ». Un boussole qui indique sans ambiguïté les radicalités concrètes qu’il conviendra de mettre en œuvre pour rompre avec la colonisation néolibérale de la société et opérer le changement de cap civilisationnel nécessaire. Au vu de l’ampleur des questions abordées, c’est avec modestie et mais aussi exigence en raison de leur importance que nous entendons mener ce travail politique. Nous le faisons dans un esprit constructif qui n’exclut pas le questionnement et l’expression de différences d’approche. Mais il a pour priorité d’approfondir et de compléter un ensemble de propositions déjà riche et doté d’une cohérence en vue de construire « une majorité d’adhésion » et d’engager un processus de transformation révolutionnaire de la société.

Un lien dialectique avec le mouvement social, écologique et féministe.

La continuité avec la base programmatique de l’AEC dans sa version de 2017 est logiquement réaffirmée non par fétichisme mais parce que ce programme a été mis à l’épreuve au feu des événements marquants du quinquennat et complété par un important travail parlementaire. Nous soulignerons pour notre part tout ce que tel programme aujourd’hui en voie d’actualisation doit également aux mouvements et aux mobilisations sociales, écologiques et féministes, tant pour les revendications et les droits humains à défendre ou à conquérir, que pour les aspirations populaires à l’émancipation qu’elles expriment. C’est bien à l’écoute et de la prise en compte de celles-ci que doit en permanence se nourrir un programme porteur de cette radicalité qui « propose des solutions concrètes aux problèmes concrets »

Actualiser notre programme passe plus que jamais par l’établissement de liens étroits et vivants avec ce qui s’exprime et s’esquisse dans la diversité des luttes, des résistances et des expériences de notre temps. Celles-ci, au moins pour les plus progressistes d’entre elles, dessinent en creux d’autres façons de produire et de vivre en société plus respectueuses de l’humain et de la nature tout en ne laissant personne sur le bord du chemin. En cela elles participent déjà d’une logique alternative à la domination capitaliste et patriarcale.

Penser l’avenir en commun dans un cadre pluraliste.

Ce point essentiel à nos yeux est à la fois politique et de méthode. Il rejoint l’annonce faite d’une « consultation populaire ». Il s’accorde également avec le principe de mettre à « disposition de chaque personne le moyen d’améliorer tout ce qui doit l’être ». Il reste à en définir les modalités et les finalités. Qu’un maximum de personnes s’exprime est indispensable. Mais il est tout aussi indispensable que des équipes militantes et des collectifs constitués en soient partie prenante et que les forces politiques de la gauche de gauche et de l’écologie antilibérale y aient toute leur place. L’un des enjeux est bien sûr d’élargir l’assise de la candidature de Jean Luc Mélenchon mais il est aussi de faire de ce moment un temps et un espace pleinement démocratiques et pluralistes pour précisément penser l’avenir en commun et le faire advenir. Que vaudraient sinon nos engagements en faveur d’une république qui accorde la primauté à l’intervention populaire si nous n’étions pas à même d’agir en ce sens ici et maintenant. Pour reprendre une expression déjà employée, nous proposons d’avoir pour guide « le fil du commun » pour faire se rencontrer et converger nos « causes communes ». C’est là à notre sens un moyen privilégié pour changer les conditions politiques en faveur de notre camp social. Puissions-nous donc par cette méthode de mise en commun et sans prétention hégémonique contribuer à unifier l’action et donner une crédibilité plus grande à nos propositions.

Le fil conducteur de la démocratie réelle.

D’une façon générale aligner la marche de la société sur les besoins de l’humain et des éco systèmes est indispensable. Mais l’expression de ces besoins est indissociable d’une chaîne démocratique sur laquelle souffle de façon continue le vent d’en bas plus que le vent d’en haut pour parler comme nos amis du Chiapas. La démocratie réelle veut que les citoyens puissent tout à la fois s’informer, s’exprimer, débattre, co-élaborer des propositions, délibérer et décider, mettre en œuvre et contrôler enfin que leurs mandats ont bien été appliqués et respectés de la base au sommet. Aucun des maillons de cette chaîne ne saurait être rompu sans risquer reflux et normalisation de l’élan populaire.

Un programme de transition vers l’éco socialisme.

Un autre point tout aussi essentiel est de s’accorder sur le sens et la fonction d’un tel programme. Il constituera naturellement une référence majeure pour les élections présidentielles de 2022. Il sera également à la base d’un programme de gouvernement si, comme nous l’espérons, le rassemblement populaire que nous voulons impulser devient majoritaire. Mais il y plus. Tout porte à croire que, si ces hypothèses se réalisent, le bloc oligarchique qui verrait ses privilèges remis en cause et le pouvoir lui échapper ne resterait pas inerte et respectueux du verdict de urnes. Trop d’exemples historiques montrent précisément l’inverse. Près de nous encore l’exemple grec est là pour le rappeler. Pour cette raison en particulier, et peut être la version actuelle ne le rappelle-t-elle pas avec assez de force, notre programme est totalement lié à une stratégie permanente et durable de mobilisation sociale et d’exercice du pouvoir populaire qui constitue l’essence même de la révolution citoyenne. Ce processus révolutionnaire initié saura ainsi combiner victoire électorale et transformation profonde des rapports sociaux de propriété et de pouvoir, réalisation des objectifs et de mesures contenues dans le programme par la voie législative et le changement de constitution et de République et auto-organisation de la société, démocratisation des institutions et démocratie sociale étendue à tous les domaines du travail et de la vie collective. Pour le dire d’un mot il nous semble qu’il faut concevoir la République sociale à l’avènement de laquelle nous travaillons comme une république autogérée et auto gouvernée organisée selon le principe du commun. N’est-ce pas d’ailleurs dans cette direction que Jaurès nous invitait à aller en faisant la synthèse des bases du socialisme associationniste et coopérativiste pour en faire des leviers de l’organisation du travail et de l’émancipation.

C’est dire également l’importance qu’il y a à nommer la société vers laquelle nous voulons aller. En clair, pour quelle société sommes-nous pour ? Curieusement ce point n’est nulle part abordé dans l’AEC. Pourtant, si l’on veut donner visibilité et envie de suivre le chemin que nous proposons, n’est-il pas nécessaire de nommer et de conceptualiser ce vers quoi nous voulons aller ? Si le monde désirable que nous voulons n’est pas le capitalisme même « régulé » et « moralisé », quel peut être cet autre monde possible ? Il en va à la fois du « droit au pain » et du « droit au rêve » et aux « jours heureux ». Nous savons que nous devons faire avec une perversion des idéaux et du vocabulaire. Mais peut-on se passer pour autant d’une caractérisation globale du type de société que nous voulons voir advenir ? Le problème n’est ni formel ni abstrait dans la mesure où il nous est posé par toutes celles et tous ceux qui partagent nos critiques de la cupidité et de l’inhumanité du capitalisme mais qui doutent de la réponse à apporter à la question : par quoi le remplacer ? Comment nommer une société débarrassée de l’exploitation de l’humain et de la nature, de la domination qui s’exerce sur les femmes et les hommes au détriment de la coopération et de la solidarité ?

Pour notre part nous estimons, à condition de s’en expliquer suffisamment, que le terme et le concept d’écosocialisme a toute sa place dans notre programme et qu’il est celui qui fait le plus sens et s’accorde le mieux avec le nouvel horizon et le nouvel imaginaire émancipateur dont nous avons tant besoin.

Le souci de liens renforcés avec le mouvement social, écologiste et féministe, l’attention apportée à l’émergence et la consolidation de toutes les formes de contrôle et de pouvoir populaire, la valorisation des expériences et des alternatives autogestionnaires comme la demande de voir la référence à l’écosocialisme figurer dans notre programme guideront donc notre lecture des sept chapitres de la version actuelle et devraient éclairer le sens de nos observations et propositions.

1. Un processus constituant pouraller vers la 6ème République.

La république sociale et écologique en perspective.

Ce processus constituant recouvre la dynamique sans laquelle les plus beaux engagements resteraient lettre morte. L’enjeu est immense dès lors qu’il s’agit en effet de « balayer l’oligarchie ». Cela implique assurément « d’abolir les privilèges » d’une classe et d’une bureaucratie parasitaire au comportement de caste. Et celle-ci n’est certes pas suspendue en l’air. Elle est l’expression arrogante d’un bloc oligarchique néolibéral aux composantes socialement et institutionnellement identifiables. Il mêle les acteurs financiers et le « top management » des grandes entreprises, la haute caste bureaucratique de l’État et des institutions de l’UE, les grands médias d’opinion et les professionnels de la communication, à quoi l’on peut ajouter les institutions universitaires et éditoriales qui apportent le ciment discursif à ce bloc. Travaillant en osmose, le système oligarchique assure une autoreproduction bien rodée des élites à coup de corruption systémique, de renvois d’ascenseurs et d’inscription de leur pouvoir dans des dispositifs internationaux façonnés à leur image et pour leur service. Comment fissurer ce bloc qui, en dépit des crises, des secousses économiques et financières et des effets de concurrence continue à tenir la société sous son emprise ? En dépit de sa puissance financière, sa véritable faiblesse est son autonomisation et sa coupure d’avec la vie de la société, son enfermement dans le jeu circulaire de ses intérêts égoïstes, sa méconnaissance et son mépris de celles et ceux d’en bas qui engendre leur rejet. C’est donc de l’intervention populaire que peut venir la solution. Une intervention non seulement permise par la 6ème république que nous voulons, mais constitutive de la démocratie sociale qui devrait ordonner la société. Au bloc oligarchique doit se substituer le bloc démocratique associant toutes les forces politiques mais aussi les organisations associatives, écologistes, culturelles prêtes à s’engager sur une plateforme commune. A l’image par exemple du « plan de sortie de crise » et des mesures avancées aujourd’hui par le regroupement d’organisations syndicales, écologistes et démocratiques.

Il s’agit bien, comme il l’est rappelé tout au long de ce chapitre, d’abolir la monarchie présidentielle et de redonner toute sa dignité et sa légitimité démocratique au parlement. Mais l’enjeu est également, à notre sens, d’articuler la démocratie représentative avec une expression démocratique plus directe et davantage liée aux formes d’auto-organisation qui accompagnent les luttes. Elle voudra refléter davantage les débats sociétaux de notre temps en refus de la marchandisation de l’humain comme nouvelle étape de liberté et d’émancipation. L’idée même de république universelle, laïque et d’égalité réelle des droits a tout à y gagner.

Le RIC va incontestablement en ce sens. C’est au feu de pratiques démocratiques et généralisées de mise en commun que peut se renforcer une république des « biens communs » mêlant droits humains fondamentaux (droit au travail et au logement) et alternatives écologiques à la « privatisation du monde » (Règle verte).

Il n’est d’universel que dans le partage et l’égalité effective des droits.

Les dominations de classes, de sexe et de race s’imbriquent et se superposent. La réalité du racisme et des discriminations est quotidiennement vécue par une large partie des classes populaires. Tandis que les offensives réactionnaires et liberticides battent leur plein, une partie des gauches les accompagnent et tournent le dos à des luttes émancipatrices fondées sur l’auto-organisation des premiers concernés.

Ainsi que le note Edwy Plenel « face au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à la négrophobie, à la xénophobie, aux violences sexistes et sexuelles, à l’homophobie, aux répressions policières, aux injustices sociales, aux inégalités sanitaires, aux contrôles au faciès, aux persécutions des migrants, à l’urgence climatique… Il n’est pas d’autre chemin d’émancipation et d’universel que celui de ces causes communes où se réinvente l’espérance ».

Une République universelle sera également une république antiraciste, combattant pied à pied l’antisémitisme, l’islamophobie, la négrophobie, le racisme anti-asiatique, la romophobie et donc la banalisation du racisme et des discriminations raciales qui fracturent la société. Le racisme n’est pas qu’une affaire d’individus, il est aussi systémique au sens où il est produit par le fonctionnement inégalitaire de la société et par des politiques publiques.

Il s’agit de rendre le droit français plus facilement mobilisable par les victimes de discriminations et d’augmenter les sanctions pénales en cas de discrimination avérée. Ce qui passe entre autres par :

– La création d’un service anti-discrimination rattaché au ministère de la justice avec des avocat.es pouvant être saisi.es par toute personne s’estimant victime de discrimination, que l’auteur soit un individu, une entreprise, une collectivité voire même l’état.

– La refonte d’une structure spécifique dédiée à la lutte contre les discriminations raciales comme le fut la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité) couplée à la création d’un observatoire des discriminations.

La laïcité n’est pas un athéisme d’état et elle ne doit pas être dévoyée en étant instrumentalisée pour stigmatiser les musulman.es ou présumé.es musulman.es. Une république laïque fera respecter les principes très clairs énoncés par la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État.

Citoyen.nes au travail : se défaire de l’emprise du despotisme néo libéral.

Garante des biens communs, la république rendra effectifs les droits au travail et au logement.

Il est donc fondamental, comme il est dit, de « reconnaître la citoyenneté dans l’entreprise et des droits nouveaux aux travailleurs ». Point d’autant plus essentiel que le « despotisme de fabrique » néolibéral pèse particulièrement sur le travail précarisé (dont le télé travail) et l’emploi éclaté dans la période que nous traversons. L’accent mis sur la création de coopératives de production et la reprise d’entreprise en coopérative est bienvenu mais l’exigence plus générale de reprendre la main sur le travail est sans doute à développer comme tout ce qui touche aux moyens de contrôle des travailleuses et des travailleurs. Il en va du « pouvoir d’intervention de salariés contre les licenciements économiques » (massifs pour le présent et l’avenir proche) et aussi d’une loi d’interdiction des licenciements boursiers et des suppressions d’emploi portée déjà par nos parlementaires. Au total une telle refondation de la démocratie au travail aujourd’hui confisquée ira de pair avec la primauté accordée au droit d’usage sur la logique propriétaire et financière. C’est là un point peu mentionné et qu’il conviendrait de ne pas oublier.

C’est encore dans ce processus qu’une refonte profonde des institutions est concevable. Beaucoup devra être fait pour démocratiser les institutions d’état et socialiser leurs fonctions. Cela concerne la justice mais aussi tout ce qui touche à la sécurité et au droit à la tranquillité des citoyen.nes. Le strict respect de l’état de droit doit rendre la police plus juste et plus efficace. Mais ne faut-il pas aller au-delà pour concevoir et proposer des formes de contrôle citoyen sur la police en reconnaissant par exemple le rôle que pourraient jouer des collectifs de type « Justice et Vérité ».

Sans y être directement lié, le développement sur « la jeunesse au service de l’intérêt général et de la sûreté de la nation » avec la proposition d’instaurer « un service citoyen obligatoire et une garde civile nationale » interroge. Est-ce vraiment servir une jeunesse certes demandeuse d’engagement citoyen mais rétive à tout ce qui peut être perçu comme une forme de discipline imposée voire d’embrigadement ? Là n’est pas l’intention mais n’est-ce pas à elle de choisir et d’inventer librement les formes et les modalités de son engagement ? Un tel dispositif risque en outre d’interférer avec les emplois de service public dédiés à des taches voisines. (On peut songer par exemple à l’usage fait par Pole emploi de jeunes en service civique…)

Ne faut-il pas enfin approfondir la réflexion sur l’actualité et la fonctionnalité d’une «  garde civique nationale » qui renvoie certes à de glorieux et parfois décisifs épisodes de nos révolutions mais qui dans le contexte présent pourrait être détourné de sa vocation historique ?

2. Penser et construire démocratiquement les souverainetés populaires.

Partager les richesses et mettre au pas la finance.

La plupart des mesures mises en avant l’étaient déjà en 2017. Mais il ne fait nul doute que l’urgence sociale est plus grande encore aujourd’hui. Le débat porte sans doute moins sur leur pertinence et leur légitimité que sur les voies et les moyens de les faire aboutir et sur leur mise en cohérence avec l’ensemble des avancées sociales et écologiques envisagées. Le défi auquel nous sommes confrontés est en effet de combler la distance qui peut exister dans la conscience de beaucoup de personnes entre l’ampleur des objectifs à atteindre (Mettre au pas la finance, Dé-financiariser l’économie réelle) et l’existence de leviers perçus comme activables et crédibles par l’électorat populaire.

L’une des conditions de la réussite suppose bien de mettre fin au pillage économique auquel se livrent les prédateurs du CAC 40 et des grands groupes au détriment de l’intérêt général. Un retour sur les privatisations et l’exercice du droit de réquisition s’impose en effet pour sauvegarder l’emploi et les productions utiles à tous.

Protectionnisme solidaire, qu’est-ce à dire ?

Mais plus globalement, puisque cela structure une grande partie du développement et revient à plusieurs reprises, c’est l’idée directrice du « protectionnisme solidaire » qu’il nous semble utile de discuter pour en préciser le sens et le contenu. Si à première vue l’association des deux termes peut surprendre, il constitue une réponse nécessaire aux plus que probables menées hostiles intérieures et extérieures à l’égard de toute rupture avec les politiques néolibérales et les institutions qui les mettent en œuvre. La réussite de notre projet et la simple réalisation des mesures de justice sociale et environnementale de notre programme implique bien de se protéger des agressions et des tentatives de sabotage qui ne manqueront pas d’être faites par les oligarchies nationales et internationales. Pour des raisons d’éthique politique autant que d’efficacité cette défense sera solidaire et se donnera pour principe et pour règle de ne jamais porter atteinte aux peuples dont nous sommes précisément solidaires. Nous indiquons par là que nous n’entrons pas dans un cycle de concurrence et de surenchère économique et guerrière.

Mais, pour être pleinement comprises, ces indications générales n’en demandent pas moins discussions et précisions (on pense en particulier à ce que peut recouvrir une politique de relocalisation de productions et d’emplois socialement utiles et écologiquement responsables) pour ne pas risquer de donner prise à des interprétations et des accusations de repli national voire de nationalisme.

C’est au fond la question des souverainetés populaires qui est posée et qui se pensent avec leurs dimensions locale, nationale et de coopération internationale. Pour ne pas tomber en effet dans une conception mythifiée du « peuple souverain » et pour privilégier la souveraineté populaire en acte, il convient de préciser dans quel registre, à quelle échelle pertinente, sur quel territoire privilégié et surtout au travers de quelles pratiques démocratiques, agir. Les indépendances et les interdépendances ne se conçoivent pas dans les mêmes termes et ne se construisent pas selon les mêmes modalités si l’on parle de souveraineté alimentaire, énergétique, numérique ou encore culturelle. Se protéger des prédateurs de l’agro business en liant pratiques de production locale agro écologique et alimentation de qualité dans un espace rural et urbain défini relèvera par exemple d’une problématique différente de celle de la réorganisation des transports maritimes ou aériens nécessairement internationale, même si dans les deux cas est nécessaire la mise au pas de grands groupes internationaux de ces secteurs et le soucis de satisfaire en priorité les besoins des populations locales.

Dans leur contenu et leur philosophie générale la plupart des mesures et les grands chantiers découlant de la bifurcation écologique vont en ce sens. C’est le cas de la proposition en matière de logement en ajoutant toutefois le rappel de la pertinence de la loi de réquisition. Ce qui vaut également pour la proposition de protéger et généraliser l’économie sociale et solidaire et l’économie coopérative.

Une sécurité sociale professionnelle comme cadre protecteur pour toutes et tous.

Une préoccupation toute aussi essentielle touche au monde du travail, à l’éradication de la précarité, au respect des métiers et des travailleuses et travailleurs et peut être surtout à la construction d’un cadre protecteur pour toutes et tous. Ce point nous semble devoir être renforcé et relié à une perspective générale d’ores et déjà présente dans les débats et les propositions du syndicalisme de transformation sociale et plus largement dans la société. Nous ne pensons pas, comme certains l’avancent, que la perspective du revenu universel (susceptible de multiples interprétations) soit la plus à même d’unifier les combats d’un salariat éclaté et divisé et de répondre aux aspirations à un travail correctement rémunéré, socialement reconnu, utile et libéré de la tutelle de l’exploitation capitaliste. A l’image du combat séculaire du mouvement ouvrier international la perspective de travailler moins pour travailler tou.tes et travailler mieux reste pleinement actuelle. La sécurité sociale professionnelle telle qu’avancée par un certain nombre d’organisations syndicales est une idée qu’il convient de reprendre et de développer aujourd’hui. Son principe général en est simple : en instituant le droit au travail comme un droit universel il s’agit de créer un dispositif légal et réglementaire qui assure l’effectivité de ce droit, à la façon en somme dont le sécurité sociale a été instituée et appliquée à la Libération.

Chapitre 3. Face à la crise climatique, une planification écologique et démocratique.

Une planification démocratique.

D’emblée, l’enjeu central est rappelé : la bifurcation écologique avec les deux axes principaux que sont l’application de la règle verte et la planification écologique pour « faire bifurquer notre modèle de production, de consommation et d’échanges ». Le soucis transversal de sauvegarde de l’éco système et la bio diversité par le refus de la brevetabilité du vivant, de la marchandisation et de l’industrialisation de la forêt est particulièrement bienvenu. Il en va de même du plaidoyer pour une révolution agricole fondée sur une agriculture relocalisée, écologique et paysanne… sans pour autant céder à l’intégrisme animaliste.

Présentées avec la préoccupation constante de convaincre et de défendre la cause d’une écologie populaire qui ne pénalise pas les plus pauvres, les mesures qui en découlent nous semblent pertinentes, même si certaines d’entre elles gagneront à être développées et complétées. Ainsi, s’il convient de sortir des énergies fossiles et du nucléaire et d’atteindre pour 2050 100 % d’énergies renouvelables en combinant efficacité énergétique et sobriété, ne faut-il pas coupler cela avec une réflexion et des propositions sur une « décroissance choisie » ?

La sortie du nucléaire civil et militaire nécessaire et possible sans le moindre “retour à la bougie” nous donne l’occasion, en lien avec les réseaux qui militent sur ce terrain, d’argumenter et de montrer la cohérence de notre démarche tout à la foi sociale et écologique tant les problématiques sont liées : économies d’énergie, isolation des bâtiments, développement d’équipements moins énergivores, recours important aux énergies renouvelables entraîneront la création de plusieurs centaines de milliers d’emplois, beaucoup moins dangereux que les métiers du nucléaire, non délocalisables et socialement utiles et permettront aussi une réelle indépendance énergétique du pays.

S’il est essentiel de développer des transports publics écologiques et de repenser la mobilité individuelle, ne faut-il pas éviter de se centrer de façon trop unilatérale sur « la pénalisation des transports sur longue distance » et mettre davantage l’accent sur les liens entre transport, mode de vie, rapport au travail et à l’habitat ?

Mais l’essentiel du débat est sans doute ailleurs : comment concevoir et mettre en œuvre une panification démocratique ne relevant pas de la seule logique d’état et d’une expertise technocratique ? Que l’on se comprenne bien. Nous nous accordons sur le fait que « l’ écologie de marché » d’un capitalisme vert n’inverserait en rien la course à la destruction de l’humanité, du vivant et la planète vers laquelle le capitalisme néolibéral nous entraîne. Ni le défi climatique, ni celui d’un productivisme qui gaspille les ressources naturelles et nous aliène ne seront relevés en suivant cette voie. Mais faut-il pour autant s’en remettre à une « écologie d’état » ou encore à des « experts » parlant à place du peuple et sachant mieux que lui ce qui est bon pour lui. La situation exige une transformation des façons de produire, de consommer et de vivre en société d’une telle ampleur qu’elle ne peut se concevoir sans une implication délibérée, active et coordonnée d’une majorité de citoyennes et de citoyens. Il s’agit de faire collectivement et démocratiquement le choix concret d’un changement de cap radical qui se donne pour priorités premières la préservation du vivant et l’épanouissement de l’humain sous toutes ses formes.

Peut-on imaginer que des appareils d’état à ce point façonnés par le néolibéralisme et insérés à une machinerie économique qui génère des profits colossaux et sert les intérêts de l’oligarchie et les siens propres puissent s’engager sur la voie d’une éradication ou même d’une simple limitation de l’emprise de la sphère publicitaire, de l’industrie nucléaire et militaire ou encore du commerce international des biens qui peuvent être produits localement ?

Des pratiques sociales et écologiques émancipatrices et coordonnées.

Toute une part de la réflexion porte donc sur la possibilité et l’intérêt, du point de vue d’une « écologie de la libération », d’une profonde transformation et d’une radicale démocratisation de la lourde machine étatique. Si on dépasse l’horizon du local pour lier dialectiquement ce dernier aux niveaux national et planétaire, penser et réaliser la transition écologique nécessite d’avoir une vision la plus claire possible des institutions les mieux à même de concilier efficacité et démocratie réelle. Quelles institutions autres que celles du commun, de l’auto organisation et de l’auto gouvernement de la société peuvent prendre en charge cette tache ? Cela ne signifie pas que ces institutions doivent ignorer l’état ou décréter son abolition comme le préconisent parfois certains courants de la culture libertaire. Mais cela signifie qu’elles ont vocation à exercer un contrôle citoyen sur l’état et d’en socialiser au maximum les fonctions.

La nécessaire planification écologique et une décroissance socialement soutenable sont à concevoir en priorité comme la mise en commun d’un ensemble de pratiques sociales et écologiques émancipatrices qui se coordonnent. Comme indiqué dans notre propos liminaire nous pensons qu’elles doivent tendre vers un idéal écosocialiste à refondre à la lumière d’une bifurcation écologique dont la portée est civilisationnelle et ouvrir la perspective d’un ensemble d’activités libres, solidaires, pensées et pratiquées en commun. Ou pour reprendre une formule de notre ami et précurseur en ce domaine Michaël Lowy « la réalisation personnelle, par des activités culturelles, ludiques, érotiques, sportives, artistiques, politiques, plutôt que le désir d’accumulation à l’infini de biens et de produits ».1

La place centrale de services publics étendus et refondés.

Cette façon de concevoir l’avenir n’est pas sans lien avec l’organisation du territoire par la démocratie et les services publics. Ce point mériterait probablement un plus ample développement que le simple rappel de l’entraide de l’état aux communes. En quoi consisterait une « démocratie territoriale », quels services publics de proximité et de qualité, quelles alternatives aux grands projets inutiles ?

C’est au fond toute la conception de l’extension et de la transformation des services publics qui est en cause. Soit des services publics dégagés de la contrainte du marché mais non inféodés à la raison d’état et sa bureaucratie, régis par le droit public et conformes à ce que des usagers sont en droit d’attendre. N’est-ce pas là la base de la république sociale avec ses institutions populaires autonomes guidées selon l’expression de Jaurès par   « la force du travail et la force du savoir » ?2

C’est pourquoi nous soutenons les mouvements sociaux en cours contre le plan Hercule qui prévoit le démantèlement et la privatisation d’EDF, alors que la direction d’Engie s’apprête à faire la même chose. Et sommes pour un service public de l’énergie.

Chapitre 4. Face à la crise européenne, sortir des traités européens.

Préparer les esprits aux mesures nécessaires à l’application de notre projet.

Toute la crédibilité et la réalisation de notre projet en dépend. Le débat a été largement instruit à l’occasion des élections européennes. Il est totalement justifié de préparer les esprits à prendre les mesures immédiates et unilatérales nécessaires à l’application de notre projet. La sortie du carcan du budget européen, le rejet du pacte de stabilité, de l’encadrement des déficits et du traité RSGC, des accords de libre-échange destructeurs de la planète et des biens communs constituent un socle solide d’engagements qui peuvent d’autant mieux être compris et soutenus que la pandémie du Covid et ses suites en démontrent l’actualité. Il s’accompagne de la nécessité d’exercer un contrôle sur l’utilisation des milliards annoncés par l’Union Européenne et le gouvernement.

Une cohérence stratégique à réaffirmer.

Cette démarche est au fondement de ce que nous désignons comme le Plan A : proposer une refondation démocratique sociale et écologique des traités européens par la négociation. La négociation inclut les mesures évoquées plus haut auxquelles s’ajoute une harmonisation sociale et fiscale par le haut. Si l’on prend en compte la crise profonde, l’impasse dans lesquelles se trouvent les politiques néolibérales européennes et le risque d’implosion des institutions, une marge de manœuvre existe.

Mais sous peine de se trouver désarmée cette démarche est intrinsèquement liée à l’application d’un plan B en cas d’échec des négociations. Outre les mesures alors unilatérales évoquées plus haut deviendraient essentiels l’appel à de nouvelles et libres coopérations dans des cadres dépassant celui strictement lié à l’UE ainsi que la transformation de l’Euro en monnaie commune et non unique.

Cette cohérence stratégique est aussi la nôtre.

Chapitre 5.

Au service de la paix et des droits de peuples, le monde en commun.

C’est sans doute là que se concentrent les plus importantes différences d’approche. Elles ne concernent ni les idéaux de paix et d’indépendance avancés, ni toute une partie des mesures envisagées. Elles touchent plutôt à l’analyse du monde dans lequel nous vivons et aux conséquences que cela entraîne en terme de politique internationale. Nous vivons à l’âge, non dépassé hélas, des impérialismes. C’est à dessein que nous employons le pluriel et incluons parmi ces impérialismes – américain, chinois, russe, allemand, etc. – l’impérialisme français. C’est leur réalité structurelle et leur complexe militaro industriel qui commande la politique géo stratégique et renforce les options militaires et sécuritaires qui sont les leurs et dont l’enchaînement peut conduire à la guerre.

Prendre la mesure de la réalité de l’impérialisme français.

La France est ainsi la 5ème puissance militaire mondiale, 2ème puissance européenne derrière la Russie3. Cela a pour conséquence un effort budgétaire considérable pour pouvoir équiper et entretenir une armée qui déploie des milliers de soldats au Sahel, au Liban, en Afghanistan, avec ses armements nucléaires aériens, terrestres ou maritimes et une armée conventionnelle largement dotée. Notons aussi que cette politique axée sur l’équipement en moyens très coûteux se fait au détriment des conditions de vie et de travail des militaires dont notamment le service de santé est sinistré. La France tient d’ailleurs le 3ème rang mondial comme exportateur d’armes derrière les États Unis et la Russie. De puissance coloniale, la France s’est reconvertie en puissance post coloniale, impérialiste de seconde zone, certes, mais qui défend son pré carré en Afrique notamment (la FI a justement dénoncé systématiquement les « OPEX »).

L’impérialisme français n’est donc pas une exception. Est en cause à nos yeux à nos yeux à la fois l’alignement atlantiste de la France et le jeu propre de ses intérêts impérialistes. L’importance de l’impérialisme militaire français imprègne en fait toute la société et se vérifie sous de nombreuses formes, qu’il s’agisse du pillage de ressources de pays encore marqués par l’emprise du néo colonialisme, des nombreuses interventions extérieures ou des ventes d’armes sans réserve à des pays belligérants – justement dénoncées dans l’AEC. Cela vaut encore pour les bassins d’emploi de l’industrie d’armement où la perspective d’activités alternatives est nécessaire.

Soutenir les mouvements citoyens favorables au désarmement.

Toutes ces raisons convergent à notre sens pour nouer des liens et appuyer les mouvements citoyens anti-guerre favorables au désarmement et pacifistes. Point absent de ce chapitre de l’AEC.

Ainsi la France devrait soutenir et s’engager dans le mouvement des pays qui prônent l’interdiction des armes nucléaires (un traité a ainsi été signé par 156 États – TIAN). Dans le cadre d’un processus de révolution citoyenne, devrait être prise une initiative de réduction de l’arsenal nucléaire qui pourrait être dans un premier temps l’arrêt de la mise en route de nouveaux programmes – ce serait un encouragement aux peuples des autres pays à s’engager dans des processus équivalents. Évidemment, un tel désarmement poserait des problèmes compliqués de reconversion du complexe militaro industriel français, sachant que le coût de fabrication d’un porte-avion nucléaire est évalué à 225 millions d’euros pendant 20 ans, sachant que la France vient de lancer la fabrication de 6 sous-marins nucléaires dits Barracuda (9 milliards d’euros pièce !). Mais on peut considérer que les sommes ainsi dégagées permettraient de subventionner cette reconversion, voire abonder nombre de budgets sociaux !

Le droit des peuples à disposer d’eux même comme boussole.

L’autre conséquence, nous l’avons évoquée plus haut, touche aux options de politique internationale. Dès lors qu’il n’y a pas de « bons » et de « mauvais » impérialismes mais des impérialismes rivaux le principe qui devrait nous guider est celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes sans ingérence des nations impérialistes acharnées à défendre ou étendre leurs zones d’influence en y semant la mort et la désolation. Il nous semble également regrettable que ce principe central ne soit pas affirmé avec force dans ce chapitre de l’AEC. A ce propos, il faudrait pousser la discussion sur les départements et territoires d’Outre-Mer ; en particulier, ce qui se passe en Kanaky devrait conduire la FI à s’opposer plus fortement à la soumission des peuples de ces territoires par la métropole. Ainsi, la formule utilisée de l’instauration d’un régime d’excellence pour les Outre-Mer » n’est pas très convaincante.

Ce n’est pas ici le lieu de discuter des positions particulières prises sur la guerre en Syrie, mais il nous semble honnête de signaler que nous ne nous sommes pas retrouvé.es dans un certain nombre de positions exprimées par Jean Luc Mélenchon. Nous les avons lues comme l’expression d’un « campisme » qui n’est pas le nôtre. Notre internationalisme ne peut s’accommoder d’une vision binaire qui ne serait que le négatif de la rhétorique occidentale qui « oppose le camp du Bien » (les États-Unis et les démocraties occidentales et leurs alliés du moment) et le « camp du Mal », c’est-à-dire tous les autres auxquels il faudrait apporter les bienfaits du capitalisme néolibéral. Or pratiquement tous ces « autres » sont aussi partie prenante du capitalisme et de l’impérialisme au sein du système monde néolibéral. A l’inverse nous nous situons en solidarité totale avec les peuples qui résistent aux agressions de quelque impérialisme que ce soit. Ainsi nous a-t-il semblé indispensable de nous mobiliser contre la guerre menée par le dictateur Bachar El Assad contre le printemps arabe, guerre qui a causé la mort de centaines de milliers de personnes, a contraint à l’exil de millions d’autres et a détruit la Syrie. C’est dans le même esprit que nous accordons tout notre soutien aux Kurdes du Rojava.

Ne pas s’engager dans ce sens est prendre un risque supplémentaire : celui du brouillage de notre message dans la mesure où des courants importants des droites nationalistes, européennes notamment, de Marine Le Pen à Matteo Salvini, de Victor Orban à Thierry Mariani, peuvent adopter une rhétorique nationaliste et identitaire que les médias ne manqueront pas de présenter comme proche de nous.

Vers une nouvelle alliance internationaliste et altermondialiste.

D’où logiquement un certain nombre d’accords avec les mesures envisagées mais aussi des interrogations, des réserves et l’importance d’échanges entre nous en particulier pour formuler en positif sur quoi « nous sommes pour ». Il va de soi que la multiplication de réseaux culturels, universitaires, écologiques et linguistiques doit nous permettre d’assumer une responsabilité particulière eu égard entre autres à la « richesse et la diversité » de notre peuple. Il en va de même d’une francophonie politique et suffisamment « créolisée ». D’autres questions peuvent davantage interroger. Au-delà de la sortie de l’Otan, du FMI et de la Banque mondiale, à quoi pourrait ressembler la formation d’une nouvelle alliance altermondialiste et comment construire des coopérations altermondialistes et internationalistes ? Une dénonciation fondée des aventures militaires de la macronie hors de tout débat et contrôle, soit, mais cela signifie-t-il que le seul dispositif de contrôle soit celui du parlement et le seul cadre de régulation possible des conflits soit l’ONU ? Étendre les protections du droit international à de nouveaux domaines (dont le crime d’écocide), oui, mais au travers de quelles procédures démocratiques d’élaboration de ce droit et de quelles institutions pour le faire appliquer ? Une politique migratoire « humaniste, solidaire, raisonnée et réaliste », mais avec quel contenu plus précis en ce qui concerne la régularisation des sans papiers et une réelle égalité des droits ?

Si notre objectif est bien de mettre fin aux guerres, aux accords commerciaux inégaux, au pillage des richesses des pays ex-colonisés, d’agir contre les changements climatiques, notre première tâche est l’accueil des réfugié.es, le respect de leur dignité, avec une attention toute particulière pour les mineur.es non accompagné.es. Les accords de Dublin, qui pénalisent les pays du premier accueil, doivent être abrogés. Notre solidarité va aux ONG, associations, collectifs et personnes qui agissent pour porter secours, aide et assistance aux réfugié.es et migrant.es

D’une façon plus générale, un processus de révolution citoyenne devrait, à notre sens, engager un débat citoyen sur ce que pourrait être une politique de défense indépendante, populaire et dans ce cadre quel est l’effort à consentir en terme de budget militaire. Dans un premier temps, il y a nécessité à en finir avec les 3 piliers des politiques militaires successives : une présence militaire tous azimuts, un budget militaire pharaonique, une doctrine militaire très axée sur le nucléaire qui n’ont en rien permis une indépendance de la politique de la France.4

De ce point de vue, ce qui est indiqué dans l’AEC sous entendant que l’effort de la Loi de programmation militaire 2019 – 2024 n’est pas suffisant est un point discutable.

Nous ne prétendons pas ici apporter toutes les réponses appropriées à des questions complexes dont nous ne sous-estimons pas l’importance. Nous savons que toute expérience de rupture avec un ordre mondial surarmé nécessite des formes d’auto-défense efficaces et fortement ancrées dans la conscience et les pratiques populaires. Sans en faire des modèles, nous avons à apprendre en la matière du Chiapas et du Rojava. Et pour compléter dans un registre voisin nous percevons tout l’intérêt qu’il y a à concevoir « l’armée nouvelle » comme une institution accordant des droits démocratiques conséquents à celles et ceux qui la composent.

Chapitre 6.

Face à la grande régression, choisir l’objectif du progrès humain.

Notre santé avant leurs profits.

La défense du droit à la santé s’articule avec d’autres aspects du programme qui touchent aux déterminants de santé (alimentation, qualité de l’air et de l’eau, logement, etc.).

Mais il est clair que le droit aux soins est directement menacé par le démantèlement et la privatisation de la protection sociale et de l’hôpital public. L’urgence est de cesser de faire fonctionner l’hôpital comme une entreprise et d’écarter de sa gestion les professionnel.les, les salarié.es et les usagers. Cela passe par la remise en cause de la Tarification à l’Activité (T2A), la mise en place des budgets définis démocratiquement répondant aux besoins de la population et des affilié.es, la réouverture d’établissements ou de services permettant de répondre aux besoins au plus près des populations. Il est impératif de déployer sur l’ensemble du territoire un réseau de centres de santé public.

Il faut mettre en route un vaste plan de formation et de recrutement de personnels médicaux et paramédicaux. Et également prendre le contrôle de la production des médicaments, assurer une indépendance sanitaire, construire un pôle public du médicament. L’exemple de la pénurie de vaccins anti-covid témoigne du fait que le système privé est incapable de répondre aux besoins des populations. C’est là une question primordiale de santé publique.

Des lieux de vie dignes pour les personnes en perte d’autonomie.

C’est encore avec une approche humaniste que nous partageons pleinement ce qu’il convient en effet de faire face collectivement au vieillissement de la population et à la perte d’autonomie. Si le développement d’un réseau public de maisons de retraites et d’EHPAD ainsi que le recrutement de personnel et la valorisation de leurs métiers est primordial, il conviendra également d’accorder toute son importance à l’aide indispensable au maintien des personnes à domicile.

Cette problématique vaut également pour la levée des nombreux obstacles qui perdurent pour les personnes en situation de handicap.

Pour en finir avec la souffrance sociale, sécuriser et libérer le travail.

Le chômage tue plus de 10 000 personnes par an. Le travail tue également du fait d’accidents, de maladies professionnelles (le scandale de l’amiante sans fin avec 1 700 décès par an et des dizaines de milliers à venir), de suicides. Cela résulte d’un manque de protections adéquates, de la multiplication de situations d’activités dangereuses, de l’intensification du travail.

Avec la suppression des CHSCT et l’allègement des missions de la Médecine du travail, tout le travail de prévention des risques est remis en cause en pleine crise sanitaire et alors que le burn-out menace nombre de salarié.es, contraint.es au télétravail sans négociations sérieuses des conditions de cet exercice, ou confronté.es plus généralement à des conditions de travail plus complexes et plus stressantes.

La mesure clé de reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle est donc essentielle. Mais il faut aller plus loin et en particulier :

  • Lutter contre l’idéologie managériale et ses effets psychologiques et sanitaires

  • Rétablir les CHSCT, instances de proximité formées d’élu.es compétent.es sur les nombreuses questions liées aux conditions de travail, à la sécurité au travail, à l’hygiène, à la prévention des risques professionnels généraux et spécifiques à la branche et à l’entreprise.

  • Renforcer la médecine du travail, rétablir son rôle de prévention

Pour une école commune.

Nous partageons le diagnostic porté sur l’école publique à la fois appauvrie, abîmée, rendue très inégalitaire et subordonnée, dans ses contenus et ses fonctions, à l’économie néolibérale. L’école doit être entièrement émancipée des puissances qui ont jusqu’à présent cherché à la soumettre et à l’instrumentaliser, qu’il s’agisse des religions, des gouvernements, des entreprises capitalistes.

Il convient de faire droit aux revendications de créations de postes et de revalorisation des salaires des enseignant.es. Il s’agit également de façon urgente de réduire les inégalités scolaires et sociales et d’engager une nouvelle étape de démocratisation de l’accès au savoir. Une école démocratique, vecteur indispensable d’émancipation, sera guidée par une pédagogie soucieuse d’une coopération active des élèves dans leurs apprentissages et d’un principe d’égalité et de liberté de penser, destiné à former des citoyennes et des citoyens doté.es d’une solide culture commune et aptes à prendre part, dans tous les domaines de leur existence, à toutes les décisions qui les concernent.

Qualifier durablement toutes et tous au sein du service public.

Le gouvernement mise aujourd’hui sur le tout apprentissage patronal au détriment de l’enseignement professionnel public démantelé par la fermeture de lycées, de classes et de formations, et la réduction des horaires d’enseignement général.

Contrairement à la propagande gouvernementale et patronale, les apprenti.es n’ont pas plus de garantie que les autres jeunes sur une embauche en CDI en fin de contrat. 28 % des contrats finissent par une rupture anticipée, voire plus dans certains métiers comme l’hôtellerie. A la déréglementation en cours (entrée en apprentissage jusqu’à 29 ans, possibilité d’un contrat de 6 mois, 40 heures hebdomadaires, possibilité de rentrer dans un CFA sans avoir un employeur dans un délai de 3 mois, etc.) s’ajoutent un trop fréquent manque de respect du droit du travail et un encadrement de qualité très inégale. La vision localiste et de court terme du patronat qui commande aujourd’hui à l’ouverture arbitraire et financièrement intéressée (5 000 à 8 000 euros par apprenti accordés aux employeurs) des CFA sur demande des branches professionnelles doit faire place à une toute autre ambition : celle d’une prospective associant tous les acteurs pour planifier en fonction de l’évolution des besoins économiques et des désirs sociaux la préparation aux métiers de demain.

Seuls les lycées professionnels publics peuvent offrir sans discrimination (de genre et d’origine en particulier) à tous les jeunes qui en sont demandeurs, l’accès à une qualification de haut niveau durable et évolutive car reposant sur une formation associant culture générale, technologique et professionnelle.

Refonder l’enseignement supérieur.

Le processus de démantèlement de l’ESR se poursuit au travers des politiques d’austérité, d’une précarité accrue des moyens et des personnels et du new management public. L’injonction permanente à la compétitivité traduit la volonté de faire de la production du savoir et de sa diffusion des services marchands comme les autres. Les fondements mêmes de la recherche scientifique sont aujourd’hui menacés. La liberté des chercheurs et des enseignants chercheurs et la démocratie scientifique doivent être les principes fondamentaux de la connaissance.

Notre contre-projet défend un service public de la recherche et de l’enseignement des savoirs avec un plan massif de titularisation et de création d’emplois statutaires et l’assurance d’un revenu garanti pour les étudiant.es. Mais il s’attache également à refonder une université plus démocratique et plus libre d’accès, gratuite, dégagée de l’influence des intérêts privés, non confessionnelle et plus ouverte sur la société.

La première mission du service public de la recherche et l’enseignement supérieur est d’accroître nos connaissances scientifiques pour permettre à toutes et tous de comprendre le monde afin d’y agir au mieux. L’indépendance vis-à-vis des puissances d’argent et du pouvoir politique est aussi le meilleur moyen pour que la confiance revienne entre le citoyen et le chercheur, notamment sur des sujets sensibles comme le nucléaire, les OGM ou les médicaments. Cette ouverture démocratique aux citoyen.nes pourrait ainsi passer par la création dans chaque établissement d’une université populaire, le développement de « boutiques de sciences » et l’encouragement de la recherche participative.

Le droit à l’éducation permanente.

La formation continue et l’éducation permanente ont été subordonnées à l’économie du capitalisme néolibéral, réduites à l’entretien de l’employabilité, renvoyées à la seule responsabilité individuelle et fermées à tout autre usage. Les demandes progressistes et humanistes de culture et d’acquisition tout au long de sa vie de nouveaux savoirs s’en sont trouvées détournées et soumises aux règles du monde marchand.

Jamais pourtant le développement des sciences et des techniques n’aura rendu aussi nécessaire l’appropriation et le partage des connaissances, toutes générations confondues. Ce qui entre en pleine concordance avec les aspirations individuelles et collectives à actualiser et élargir ses connaissances, à améliorer ses qualifications et à les faire reconnaître.

Dans son rapport à l’Assemblée de 1792, Condorcet disait déjà de l’instruction qu’elle « devait embrasser tous les âges, qu’il n’y en avait aucun qu’il ne fut utile et possible d’apprendre, et que cette seconde instruction est d’autant nécessaire que celle de l’enfance a été resserrée dans des bornes plus étroites ». On ne peut que souligner l’actualité du propos. Place demain à un grand service public unifié de la formation continue et de l’éducation permanente débarrassé de la contrainte de devoir payer pour apprendre et en libre accès pour toutes et tous

Démocratiser la culture et ses pratiques, soutenir ceux qui la font vivre.

Les fondamentaux sont là : démocratisation, budget à 1 % du PIB, régime des intermittents, médiation sous toutes ses formes en liaison avec l’enseignement et l’articulation avec l’éducation populaire. Une nouveauté intéressante et originale avec la mise en avant du projet de loi de Michel Larive préconisant une taxe sur les droits patrimoniaux des héritiers bénéficiant du droit d’auteur de leurs ascendants afin de lutter contre la précarité des artistes-auteurs. Par ailleurs il est rappelé à juste titre diverses mesures de soutien au milieu culturel durement touché par la crise sanitaire.

Le livret consacré à la culture dans sa forme actuelle est très ambitieux et embrasse une bonne partie des problématiques du sujet que l’on résumera par la phrase «  les affaires de l’esprit doivent être libérées de l’esprit des affaires ». Par contre il manque quelques considérations sur la nécessaire indépendance artistique des structures culturelles, l’encouragement à l’autogestion, la collégialité, l’égalité des salaires, le renforcement du travail de terrain, les dispositifs à mettre en place pour éviter le clientélisme et l’entre-soi… Toutes problématiques qui justement rejoignent la nécessaire démocratisation de la culture.

Libérer de l’argent le sport et les corps.

Les pratiques sportives ne sauraient se réduire au sport-business et à ses dérives financières, médiatiques et chauvines. Nous devons encourager une conception conviviale et populaire du sport qui cultive la relation humaine par le plaisir partagé d’une activité. Ainsi comprises et appréhendées dans leur dimension éducative, les cultures sportives concourent au développement ainsi qu’à l’épanouissement individuel et social de chacune et chacun en faisant reculer les préjugés de classe, de genre ou d’origine.

L’engagement de centaines de milliers de bénévoles au service du sport amateur atteste du caractère populaire de ces aspirations. Leur apport éducatif doit être mieux reconnu et soutenu. L’accès de toutes et tous à l’ensemble des sports doit être favorisé en levant au maximum les obstacles financiers et culturels qui perdurent.

Le fonctionnement trop souvent opaque, hiérarchisé et élitiste des fédérations sportives doit être revu pour donner le pouvoir de décision démocratique à tous les adhérents.

Chapitre 7.

N’attendons pas la fin du monde, inventons l’avenir.

« L’impossible d’aujourd’hui, c’est le possible de demain. » Henri Lefebvre.

Le terme de « déclinisme » qui inaugure ce chapitre interroge. Est-il pertinent pour caractériser une idéologie et réfuter une façon mortifère d’envisager l’avenir ? Cela n’a rien d’évident dans la mesure où le « déclinisme » traverse tout un discours de droite (de Nicolas Baverez à Eric Zemmour) et que cette référence n’est pas exempte d’ambivalence chez certains politiques ou penseurs venus de la gauche (de Jean Pierre Chevèvement à Jacques Juillard). De quoi parle-t-on au fond ? S’agit-il de la perte d’une puissance passée, de valeurs qui « foutent le camp », d’une lâche résignation ? On ne sait trop. Mais, outre les possibles confusions, le risque est de passer à côté de ce qui fait la caractéristique majeure des politiques néolibérales :remodeler le monde, la société toute entière et jusqu’aux comportements et aux subjectivités à l’usage exclusif de valorisation du capital. En sorte que nous sommes sans doute moins guettés par la « décadence » que menacés par la fuite en avant furieuse et aveugle de ceux qui s’acharnent à subordonner au capital, au risque calculé de la guerre civile et fut-ce au prix de la destruction de l’une et de l’autre, la marche de la nature et de l’humain (voir le succès de la notion de « capital humain »).

Un logiciel de pensée et d’action pour faire renaître une politique de l’espérance.

Cette entrée en matière nous semble donc au total ne pas s’accorder vraiment avec l’inspiration de ce chapitre qui donne du contenu à l’ambition d’humaniser et d’écologiser la science et la technologie. Nous pressentons que la déraison du chaos social et écologique néolibéral peut faire vaciller voire détruire la raison et raviver les pires obscurantismes. L’ouverture raisonnée aux frontières de l’humanité active au contraire un logiciel de pensée et d’action propre à faire renaître une politique de l’espérance. La protection des océans assortie de créations d’emploi, une relance des découvertes de l’espace, une maîtrise publique des technologies et des infrastructures liées au numérique et aux télécommunications vont incontestablement dans ce sens. Peut-être conviendrait-il d’ajouter une réflexion et un corps de propositions dans un domaine qui touche particulièrement aux frontières de l’humanité : celui des biotechnologies et notamment de l’ingénierie génétique à l’heure où l’idéologie de « l’homme augmenté » peut conduire à bien des dérives.

La promesse et l’espoir ravivé d’une créolisation du monde.

« Il faut un infini courage et une grande clairvoyance pour mener une grande politique, c’est-à-dire une pratique qui se nourrit d’une incandescence poétique » Patrick Chamoiseau.

De façon tout à fait heureuse, Jean Luc Mélenchon retrouve l’idée et l’espoir d’Edouard Glissant qui nous dit que «  la créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse… ». Ce pourraient être également les mots de Franz Fanon ou de Patrick Chamoiseau.

Ces phénomènes de créolisation sont de la plus haute importance en ce qu’ils permettent de pratiquer de nouvelles dimensions des humanités et de s’ouvrir à une recomposition d’un paysage mental alternatif à celui dans lequel le capitalisme et le productivisme nous enferment. Cette grille de lecture du devenir du monde à une grande échelle entre en résonance avec notre volonté commune mentionnée au début du programme de proposer « un nouveau repère dans la civilisation humaine de notre temps ». Soyons encore et toujours, dans et par la lutte pour des causes communes, du côté du vrai, du juste, du vivant et du beau.

Le 1er juin 2021.

1Michael Löwy, « Scénarios du pire et alternative écosocialiste », Nouveaux Cahiers du Socialisme, août 2009.

2. C’est sur cette base que Jaurès esquisse ce que pourrait être l’organisation économique du socialisme. Distinguant la production administrative gérée par l’état et la production corporative gérée par des groupements professionnels de façon autonome et décentralisée, il insiste particulièrement sur le recours néfaste à une centralisation excessive. Décentralisées géographiquement et co administrées par les communes, les branches industrielles, les syndicats, les organes professionnels, la propriété sociale et les institutions, selon l’imagination politique de Jaurès devraient rester sous contrôle des travailleuses et travailleurs et des élu.e.s de la nation dans le cadre d’un « conseil national du travail » fixant la loi économique.

3. En 2020, le budget des armées a été de 37,5 milliards d’euros (en hausse de 1,7 milliards par rapport à 2019) : il représente 1,86 % du PIB – l’objectif de 2 % a été fixé par la dernière loi de programmation militaire (2017). L’Allemagne, elle, ne dépense que 1,3 % de son PIB pour sa défense.

Par comparaison, celui de l’Éducation Nationale se monte à 52,7 milliards d’euros (72,5 milliards si on compte la contribution aux pensions des retraité.es de l’EN) ; celui-ci n’a augmenté que de 1 milliard entre 2019 et 2020.

4. En effet, à part l’épisode de la 2ème guerre d’Irak, notre pays s’est à quelques nuances près engagé aux côtés de l’OTAN et des USA.