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Pourquoi il faut « être pour »

Après une phase de consultation des insoumis sur la base de la possibilité de lui adresser son avis personnel, de consultation du groupe parlementaire, Jean-Luc Mélenchon vient d’annoncer son intention de se présenter à l’élection Présidentielle de 2022 sur la base du programme « l’Avenir en commun ». Il y a mis une condition : être « investi » par 150 000 citoyens via la plateforme web « Nous sommes pour ».

A l’heure où ces lignes sont écrites, à peine quatre jours après le lancement, l’objectif des 150 000 soutiens est atteint. Il faut commencer par s’en féliciter car dans nombre de pays capitalistes développés, les forces diverses de la gauche radicale seraient très contentes de parvenir à un tel résultat et sont loin d’être en capacité de le faire.

Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon n’a pas été élu par un congrès de parti ou par une primaire de quelque forme que ce soit. Mais cette désignation est doublement logique :

  • elle correspond au type de scrutin inhérent à la Ve République qui force à la personnalisation. A moins de considérer qu’une stratégie révolutionnaire visant à détruire la Ve République pour la remplacer par une VIe République serait possible sans gagner l’élection Présidentielle, jouer avec les règles du jeu établies par de Gaulle est un passage obligé. Ce n’est pas une condition suffisante pour «  changer la vie » car il faut combiner candidatures aux élections et mobilisations sociales mais c’est une condition nécessaire.

  • elle est la proposition de la principale force de la gauche radicale de ce pays et, quelle que soit la forme que cela prend, il est légitime que ce soit la principale force qui désigne le candidat, qu’elle propose aux autres de la soutenir. Le choix de JL Mélenchon traduit le fait qu’il reste aux yeux des membres de la FI le plus efficace pour porter cette campagne.

Dans la période particulièrement trouble que nous vivons, marquée par les crises sanitaire, économique et sociale, par le discrédit politique, par l’angoisse de l’avenir, il est vital de donner à voir à une très large échelle, une force politique qui « tient », qui défend une autre voie. Pour que continue le combat pour une alternative sociale, écologique, démocratique digne de ce nom, il faut une candidature de cet arc de force – et une seule – à l’élection Présidentielle de 2022.

Jean-Luc Mélenchon est candidat. Ce n’est pas une supputation, c’est un fait. Si tant est que cela soit souhaitable, quelle autre candidature de la gauche radicale peut alors émerger, disposant de plus de légitimité que la sienne ? Est-ce une bonne idée que d’en promouvoir une autre qui se rajouterait à la sienne ? Existe-t-il une candidature susceptible, en ayant la percussion nécessaire, de le faire réfléchir ou renoncer ? Nous répondons par la négative à toutes ces questions : ce n’est ni possible, ni même souhaitable car cela alimenterait dans la gauche radicale un désordre – et au bout du compte une situation d’impuissance – plus grand encore qu’il ne l’est.

Certains camarades pensent que pour briser la « tenaille » Macron / Le Pen, il faudrait une seule candidature de toute la gauche. C’est une illusion d’optique. Nous ne sommes pas dans la situation des années 70, marquée alors par la force propulsive de l’Union de la gauche. Le paysage politique du pays a été très fortement transformé et les sondages montrent déjà que cette « solution » n’en est pas une, que les électorats ne s’additionnent pas. Tout indique, dans les études sociologique d’opinion, dans la mutation des mouvements sociaux, qu’une fraction significative du peuple n’a plus la même approche qu’avant de la notion de « gauche », a rompu avec « les partis ». C’est le PS qui en porte la responsabilité la plus grande et c’est lui qui a logiquement décroché le plus par rapport à ce qu’il était. Un autre obstacle infranchissable existe à cette proposition, c’est le programme sur lequel elle s’appuierait. Qui pense sincèrement que les désaccords de fond à gauche ont disparu, qu’il y a un seul programme possible qui conviendrait à tout le monde ? La réalité, c’est qu’il y aura au moins une candidature de l’arc de la gauche rose et verte voire deux ou davantage. Et nous ne pourrons pas les soutenir pour des raisons de fond. S’il doit y avoir hélas de nouveau un duel Macron / Le Pen au second tour, c’est qu’il y a des raisons objectives qui renvoient aux mouvements profonds de la société et aucun « tour de passe passe » politique ne pourra dès lors l’empêcher. Il nous faut tenir les deux bouts de la chaîne : recomposer certes, mais reconstruire aussi.

Enfin certains camarades pensent qu’il est urgent… d’attendre. Mais attendre pour quoi faire ? Si nous attendons, nous ne pouvons pas nous associer à la dynamique de lancement dont atteste le nombre de signataires de l’appel « Nous sommes pour », nous ne pouvons pas nous poser en partenaires pour débattre avec Jean-Luc Mélenchon et la direction de la FI sur les formes de la campagne, ni sur un éventuel accord aux législatives et nous risquons de reproduire les atermoiements désastreux de 2016. Enfin, attendre nous place en situation plus difficile au regard des enjeux électoraux préalables. En effet, le gouvernement va très probablement annoncer le report des élections régionales et cantonales en juin 2021, les rapprochant ainsi du cycle marqué par la Présidentielle. Alors que dans certaines régions la ligne adoptée par la FI consiste à combiner construction d’une dynamique citoyenne et interpellation politique unitaire, nous enverrions un signal négatif au moment où se déploie une ligne tout à fait correcte.

En réalité, attendre n’a de sens que si nous pensons qu’il y a un « plan B ». Retour à la case départ : quel est donc ce « plan B » ?

Personne ne peut prévoir à l’avance quelle sera l’issue du scrutin. Seule l’histoire pourra dire si Jean-Luc Mélenchon a réussi à effacer les erreurs et les épisodes qui ont contribué à ternir son image. Mais il défend un programme avec lequel nous n’avons aucun désaccord majeur, qui répond aux principaux enjeux de l’heure. Il faut que ce programme soit défendu de la façon la plus forte possible. C’est la raison de fond pour laquelle Ensemble doit prendre position clairement, répondant, « chiche, nous sommes pour »  :

La candidature de Jean-Luc Mélenchon doit permettre à la fois de s’adresser à l’électorat politisé de gauche et à la fraction des classes populaires et de la jeunesse qui déserte de plus en plus fortement les urnes. C’est la combinaison de la mobilisation de ces deux électorats qui peut porter très haut un candidat porteur d’un programme tel que nous l’envisageons. Et c’est le caractère le plus large possible de l’arc qui va la soutenir qui peut reposer positivement la question de la cristallisation d’une force politique tirant les leçons des limites du Front de gauche – un front sans dynamique citoyenne et militante unifiée – et de la France insoumise – une formation dynamique mais fragile et qui ne rassemble pas tout l’arc de force possible.

Le communiqué de Ensemble Insoumis (http://reflexions-echanges-insoumis.org/presidentielle-2022-communique-de-ensemble-insoumis/) va dans ce sens et c’est une très bonne chose.

Allons-y sans tergiverser. Menons cette campagne dans le but de prendre notre part de travail dans la construction d’une force politique massive et rassemblée qui aille au-delà de l’élection Présidentielle.

Fred Borras (Toulouse) et Jules Lavalou (Marseille).Le 13 novembre 2020.